Racines.

Ephésiens 3,14: In caritate radicati et fundati. Je ne peux pas m’empêcher de le citer en latin, c’est en latin que j’ai mémorisé les textes… Ceux qui ne maîtrisent pas le latin sont des hadicapés! Donc: enracinés et fondés dans l’amour. Racines et fondations, le soubassement, ce qui fait tenir: j’aurais dit: c’est la foi. Paul dit: c’est la charité. Mais juste au verset précédent: « Que le Christ habite en vos cœurs par la foi ». Ce sera donc le programme pour aujourd’hui: croire et aimer. Il y faut bien la « puissance de l’Esprit » que Paul évoque tant nous avons peu de foi et un si faible amour. L’Esprit nous dilate. « Vous serez comblés jusqu’à entrer dans la plénitude de Dieu ». Nos tristes médiocrités sont soufflées, comme on souffle sur une mèche.

Luc parle de feu et de plongée qui sont l’ardent désir de Jésus. Et il nous provoque: Jésus n’est pas venu mettre la paix dans le monde, mais la division. Et voilà la vocation des chrétiens: ce ne sera pas une concorde à bon marché, mais des engagements qui diviseront. On sera pour ou contre. Le témoignage de l’Église devra exiger des choix, et un combat. Il ne faut pas craindre de déranger, et d’abord d’être nous-mêmes provoqués.

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Païens.

Pour Paul, le mystère du Christ c’est l’annonce de l’évangile aux païens, et il est personnellement chargé de cette annonce. Il aura le titre d’apôtre des gentils. Nous sommes tous ses successeurs dans un monde païen. Et nous ne nous acquitterons pas de cette mission avec d’aimables amicales de fidèles complices. Il faut sortir, se laisser soulever par le vent du monde. Il ne faut pas aller bien loin, mais c’est dehors.

Service.

« Restez en tenue de service… Le maître prendra la tenue de service. »

Ma tenue de service: à ma table devant le Livre ouvert, le stylo en main pour ébaucher une homélie. Le Maître est là pour m’ouvrir à l’intelligence de sa Parole. L’homélie doit m’être d’abord adressée. La Parole doit me traverser pour atteindre les autres.

Richesse.

« Dieu riche en miséricorde ». « La richesse infinie de sa grâce ». (Eph. 2…) Dieu est riche de bonté. Et ce trésor, il nous l’offre. C’est par ce don que nous sommes sauvés, dit Paul. Sauvés de quoi? des « caprices de notre chair et de nos raisonnements ». Notre raison devrait-elle abdiquer? C’est bien Dieu qui nous en a doté pour que nous l’exercions. L’exercer selon Dieu, c’est l’envelopper de miséricorde. La bonté est l’horizon d’une belle raison. Elle autorise une disputation bienveillante. Discutons donc, aimablement.

Moineaux.

« Pas un moineau n’est indifférent aux yeux de Dieu ». Á Paris, les moineaux sont partout. Ici il n’y en a pas. Nous avons des corneilles, des mésanges, des pics épeiches, et parfois un  héron. Aucun n’est donc indifférent aux yeux de Dieu. Á nos yeux non plus.

« Vous valez plus que tous les moineaux du monde… Vos cheveux sont tous comptés ». Valoir, avoir du prix. Le plus petit a la plus grande valeur, une éminente dignité. Marie chantait le renversement des places: il renverse les puissants, il élève les humbles. C’est la ballade des gens de peu.

Moissons.

Saint Luc. « Le Seigneur en désigna encore soixante-douze et il les envoya deux par deux devant lui ». Soixante-douze était le nombre des nations païennes, mais ces disciples ne sont pas encore envoyés aux païens. Leur nombre fait comprendre que la mission en Palestine devra ensuite s’ouvrir au monde. Mais ce sera après Pentecôte. En attendant, ils doivent prier Dieu d’envoyer des moissonneurs. Donc la mission ne consiste pas à semer mais bien à moissonner, ce qui veut dire que le monde est plein de fruits. C’est une belle manière de regarder le monde et de comprendre la mission: récolter les fruits du monde.

Le cœur pur.

L’extérieur et l’intérieur. Jésus reproche aux pharisiens de soigner leur apparence extérieure alors qu’à l’intérieur ils sont « remplis de cupidité et de méchanceté ». Ils se lavent soigneusement les mains mais leur cœur est sale. Apparemment Jésus fait exprès de manger sans se laver les mains alors que à cette époque on mange avec les mains. Ce qui est en jeu, c’est le pur et l’impur. La pureté, pour Jésus, n’est pas une affaire de propreté extérieure. On peut soigner sa mise extérieure et avoir de mauvaises pensées d’orgueil, de jalousie, de mépris. La pureté concerne le cœur: « Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu ». Le cœur s’exprime dans le regard: le regard est clair quand le cœur est pur. Et la pureté du cœur permet de voir Dieu, de reconnaître sa présence et son action en soi, dans le cœur des autres et dans le monde. Voir Dieu, c’est voir la beauté qui est offerte tout autour de nous. La Beauté est le nom de Dieu: « ô beauté si nouvelle et si ancienne » disait Augustin. Elle est dans l’harmonie entre l’intérieur et l’extérieur, entre le cœur et le corps. C’est à la mesure de la pureté de notre cœur que nous voyons la Beauté. Et la Beauté nous réjouit. Elle est le bonheur: les cœurs purs sont heureux de toute la beauté du monde.