Fatigue.

Le mot est dans tous les textes aujourd’hui: fatigue.

Pour ceux qui éprouvent de la fatigue dans leur corps ou une sorte de langueur de l’âme, celui qui vient rend des forces et ranime l’ardeur. Mais il ne suffit pas de le dire. Ou plutôt, il faut le lui dire, lui rappeler, et compter sur lui.

Consolation.

« Consolez mon peuple ». Isaïe doit dire au peuple qu’il a assez souffert. Ses souffrances étaient une punition pour ses péchés, et il en a subi deux fois plus qu’il n’était nécessaire. Maintenant il faut le consoler de sa peine.

Nous n’acceptons plus l’idée que les malheurs seraient des punitions. Mais les peuples innocents qui souffrent des injustices, des oppressions, des violences aveugles, aspirent à la délivrance, et ils l’attendent souvent si longuement. Les consoler serait presque cruel si leur malheur subsistait.

Consoler ceux qui sont dans la peine, c’est leur apporter un peu de réconfort, et cela demande beaucoup de douceur. On console un enfant d’une petite misère par une caresse. Et y a-t-il pour celui qui souffre d’autre réconfort que la caresse de l’amitié?

Mais pour un peuple, pour des peuples qui souffrent, il n’y aura pas d’autre réconfort que l’assurance de l’engagement des autres à les délivrer. Consoler un peuple, quand on ne peut plus rien, c’est alors l’assurer de notre communion silencieuse. Et c’est trop souvent ce qui nous reste.

Les anciens écrivaient des « consolations » pour ceux qui étaient dans le deuil. Saint Bernard a laissé plusieurs lettres de ce genre. Il nous arrive encore, heureusement, d’envoyer ou de recevoir des messages de consolation. Nous en avons fait l’expérience ces derniers jours.

Entendre aujourd’hui l’appel d’Isaïe  à consoler le peuple nous invite à nous réconforter les uns les autres.

Rappelons-nous que c’est le nom de l’Esprit Saint: le Consolateur. C’est bien le temps de l’appeler pour qu’il console le monde.

C’est aussi le don du Père selon la seconde lettre aux Corinthiens: « Le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, qui nous console dans toute notre tribulation, afin que par la consolation que nous-mêmes recevons de Dieu, nous puissions consoler les autres en quelque tribulation que ce soit ».

Pas ça.

Une amie m’a confié l’injonction de son fils au sujet de son petit-fils: « Tu ne lui parles pas de ça! » Ça, c’est Jésus et l’évangile, rien de moins! Quelles blessures, ou plus précisément quel scandale pour en arriver là! Car je sais que le scandale venait d’une institution fort malhabile et déroutante dans ses initiatives. Pourquoi n’avoir pas rejeté seulement cette institution au lieu de tout l’évangile? C’est pourtant constamment qu’il faut pratiquer ce discernement. La grand’mère a répondu: « Si! j’en parlerai, parce que c’est dans mon cœur. »

Sourds.

 » Les sourds entendront les paroles du Livre ».

Nous ne sommes pas sourds aux bruits du monde, souvent préoccupants en ce début décembre. Mais plus ils le sont, plus nous avons besoin des paroles du Livre pour comprendre et tenir.

Et que dit le Livre aujourd’hui? Que les humbles se réjouiront, que les pauvres gens exulteront. C’est au futur, une promesse. Et nous sommes en charge de cette promesse pour tous les pauvres gens. Jésus nous demande seulement, comme aux deux aveugles: « Croyez-vous que je peux faire cela? » Avancer dans l’Avent, c’est marcher dans cette foi, tenir, dans le silence des jours et les bruits du monde, avec cette foi et cette promesse. Christ est celui qui vient au monde, en ce monde aujourd’hui. Il faut le croire pour le voir.

Décembre.

Pour saluer le bonhomme décembre qui a éteint la belle lumière des jours de gel, un mot de Rilke:

« Soyez patient et de bonne volonté. Le moins que nous puissions faire, c’est de ne pas plus lui résister que ne résiste la terre au printemps, quand il vient. Soyez joyeux et plein de confiance. »

Mais il y a Alep. Que la tendresse de Dieu caresse tous ces pauvres gens.

Bourgeons.

« Quand le figuier et les autres arbres bourgeonnent, l’été est proche. »

Les bourgeons sont bien là, tout petits, mais c’est l’hiver qui vient, encore très doucement.

Guetter en nous et autour de nous ce qui bourgeonne. Lire entre les lignes des nouvelles ce qui bourgeonne dans le monde. Les bourgeons sont des promesses.