Folie.

Dieu est fou et faible, c’est Paul qui le dit. Mais sa folie est plus sage que les sagesses humaines et sa faiblesse plus forte que tout. Folie et faiblesse de la Croix, et de l’évangile. Nous n’annoncerons donc pas l’évangile avec des discours plaisants et bien ficelés, ce que nous cherchons pourtant dans nos homélies et ce qu’aiment les auditeurs pour nous féliciter. Oserons-nous des paroles folles, qui bousculent et qui embêtent?

Regard.

Admettons que Barthélémy, fêté aujourd’hui, soit Nathanaël, sans bien comprendre pourquoi il aurait deux noms si différents.

Nathanaël sous son figuier. Jésus l’a vu là, et il a suffi qu’il le lui dise pour que Nathanaël le reconnaisse comme Fils de Dieu et Roi d’Israël, rien de moins.

Le regard de Jésus. « Je t’ai vu ». Á ton bureau, en train de lire et d’écrire, dans ton silence avec le texte qui parle, je t’ai vu.

Je vis sous ton regard, et ton regard m’incline à croire en toi. Tu m’as vu, tu me vois, et tu dis que c’est moi qui verrai des choses plus grandes. Comme je le voudrais! Je vois déjà de grandes choses chaque jour quand je sais regarder. Mais je ne vois pas encore les cieux ouverts avec les anges qui montent et qui descendent. C’est sûrement trop pour moi. Pourtant je vois bien tout ce qui monte vers toi de ce monde, les cris et les bénédictions, et ce qui descend sur le monde, ton inépuisable bienveillance. Je voudrais être l’un de ces anges qui te porte le bruit du monde et qui apporte ta miséricorde et ta paix.

Réconfort et joyeuse espérance.

C’est ce que nous donne le Père, dit Paul aujourd’hui, et pour toujours.

Réconfort pour ceux qui peinent, ou qui ont trop de peine.

Comment faire sourire pour eux une joyeuse espérance, et en plus pour toujours? L’espérance est notre plus grand besoin aujourd’hui. Elle se cultive. Il faut l’entretenir, ôter ce qui l’obstrue, l’arroser. Et se plaire à la voir pousser.

Beauté.

Pulchritudo tam antiqua et tam nova. Beauté si ancienne et si nouvelle. (Confessions de saint Augustin)

Pourquoi n’appelons-nous jamais Dieu ainsi: ô Beauté!

Dans le grec du Nouveau Testament, kalos signifie autant bon que beau. Nous disons volontiers: le bon Dieu. Appelons-le aussi le beau Dieu, la Beauté, celle que chante le monde.

Puissance.

Quel mot pour une rentrée!

C’est le propos de Paul aujourd’hui: « Par sa puissance, que notre Dieu vous donne d’accomplir tout le bien que vous désirez et qu’il rende active votre foi ».

Et c’est ma prière pour tous ceux qui reprennent leurs services et leurs engagements tandis que nous commençons par une semaine de retraite.

Départs et venues.

On s’en va en pleurant, on s’en vient en chantant.

Encore un bon vieux copain parti. Nous avions fait de bons coups ensemble. Je chantonne pour lui le spiritual: « Gone are the days when my heart was young and gay, gone are my friends to a better land, I hear their gentle voices calling: old Black Joe! »

Mais dans le même temps le regard intense d’un jeune venant au Christ avec son Islam. Compagnonnage béni.

Bernard de Clairvaux.

Amoureux de la solitude, il a pourtant parcouru l’Europe. Commentant longuement le Cantique des Cantiques pour ses frères, il est aussi parler aux peuples de paix et d’unité. Sensible et fin, il était aussi dur dans la controverse. Mystique et politique, il nous dit encore que les moines sont appelés à porter la question de Dieu au monde de ce temps. Que dirait-il à l’Europe d’aujourd’hui? C’est à nous de l’inventer, et donc de continuer à parler et à écrire en nous tenant à la source fraîche de l’évangile.