Serpents et colombes.

Luc 16,8: « Les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière ». Jésus avait pourtant dit: « Soyez rusés comme des serpents et candides comme des colombes ». Nous manquons à la fois de ruse et de candeur. Et nous nous laissons piéger. Il nous faut être habiles à tirer profit de l’alignement des planètes.  Des chrétiens malins qui sont au bon moment au bon endroit. C’est-à-dire être aux aguets.

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L’écouter.

Luc 15,1: « Les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l’écouter ». Tous! Qui vient nous écouter aujourd’hui? Ceux qui sont acquis d’avance mais qui attendent toujours un peu plus de souffle dans leur vie. Á quelles paroles tous les autres tendraient-ils l’oreille? Les « évangéliques » trouvent ces paroles qui attirent les foules en Amérique latine. Pas les catholiques. Voyez-vous quelqu’un qui en tire un autre par la manche en lui disant: « Viens écouter cet homme: il a quelque chose à dire. » C’était le cas à Munich quand Guardini parlait à la Ludwigkirche le mercredi. L’église était comble.

Joie.

Philippiens 2,18: « Si je dois verser mon sang… je m’en réjouis et je partage ma joie avec vous tous. Et vous de même, réjouissez-vous et partagez votre joie avec moi. »

En nos contrées et en ce temps, nous ne risquons pas d’avoir à verser notre sang, sauf en cas d’attentat. Notre joie en serait-elle amoindrie? La joie profonde est celle de la dilatation de l’être. Et si l’être est blessé par l’épreuve, la joie est enfouie dans les replis du cœur. Un sourire peut la faire éclore comme une toute petite fleur? Je choisis la violette.

Bonne place.

Aller se mettre en bout de table pour avoir le plaisir d’être invité à une meilleure place, c’est un calcul un peu effronté, sauf pour les vrais pauvres dont la place est toujours la dernière. Et chez nous on ne les fait guère monter. Ils sont Jésus en bout de table.

Libération.

Ephésiens, 6: Paul demandait aux esclaves d’être soumis à leurs maîtres. Il n’a donc pas mis en cause l’esclavage, qui a été longtemps maintenu dans les pays de chrétienté, avec les sinistres marchés aux esclaves.
Nous connaissons aujourd’hui encore bien des formes d’esclavage dont nous sommes les complices inconscients. La liberté est inscrite aux frontons de nos édifices avec l’égalité et la fraternité, mais il reste tant de libérations à opérer, à commencer par nos libérations intérieures.

Météo.

« Quand vous voyez un nuage monter au couchant, vous dites aussitôt qu’il va pleuvoir, et c’est ce qui arrive. Et quand vous voyez souffler le vent du sud, vous dites qu’il fera très chaud, et cela arrive… Mais le temps où nous sommes, pourquoi ne savez-vous pas le juger? »

Nous ne lisons plus dans les nuages le temps qu’il fera. Nous avons des bulletins de météo et des images de cyclones et d’anticyclones. Mais aucun bulletin pour nous dévoiler le sens du temps où nous sommes. De bons analystes s’y essaient cependant dans nos journaux et nos revues. Et nous sommes le plus souvent perplexes et même préoccupés: où allons-nous? Où va le monde? Ce sont bien des hommes qui écrivent l’Histoire et il nous appartient de les suivre ou de leur résister. S’ils surveillent tellement les sondages d’opinion, c’est bien que nous avons notre part et notre responsabilité. Il nous revient donc de discerner le temps où nous sommes et d’assumer notre part de choix politiques. Il y va de notre liberté si chèrement défendue. Le peuple sait descendre dans la rue pour manifester sa volonté. C’est le prix de nos démocraties. Même les hiérarques de l’Église doivent s’y soumettre. Encore faut-il bien repérer les vrais enjeux et les tendances trompeuses. C’est rarement évident. Jésus parle du « kairos » où nous sommes: c’est le temps qualifié avec sa grâce qu’il faut accueillir. Nous ne sommes plus alors préoccupés, mais occupés à reconnaître le sacrement du moment présent.