Rapt.

On a volé l’Arche de l’alliance du Seigneur des armées célestes! Dieu s’est laissé attraper. Pauvre Dieu prisonnier. Il faut maintenant délivrer Dieu. C’est toujours vrai. Dieu veut tellement pouvoir aller librement avec nous. Libérons-le de tous ceux qui le captivent, qui l’ont capturé. Il y a fort à faire.

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Épiphanie.

« Lève les yeux et regarde: ils viennent tous vers toi! Les nations marchent vers ta lumière! »
L’Eglise peut se projeter fièrement dans la prophétie d’Isaïe quand des foules de toutes les nations et de toutes les cultures se rassemblent à Saint Pierre de Rome. Mais nous ne sommes pas ici à Saint Pierre et nous avons bien perdu notre approche conquérante de la mission et ce qu’elle comportait d’arrogance. Les missionnaires belges ont disparu et nos paroisses sont maintenant confiées à des étrangers. Ce ne sont pas nos deux ou trois séminaristes qui y changer quelque chose.
Mais il se passe autre chose d’extraordinaire: Allez à la messe à Louvain-la-Neuve ou dans les églises de la banlieue parisienne, vous y verrez une assistance jeune et fervente d’africains, de philippins, de vietnamiens, de comoriens. C’est une Eglise mondialisée qui naît sous nos yeux, une Eglise vraiment catholique, universelle. Nous sommes ici une petite enclave un peu étroite, mais nous sommes invités à nous ouvrir à d’autres cultures, d’autres sensibilités, et à vivre au croisement de la diversité des religions. Nous sommes conviés à une fête des peuples, des richesses culturelles venues de partout.
Elle est bien actuelle la parole d’Isaïe: regarde autour de toi, ils viennent de partout. Non pas pour que tu les annexes, mais pour que tu cesses de te replier sur toi-même, que tu ouvres ton espace,que tu accueilles les langues et les cultures, et que dans ce monde tu deviennes radieuse et lumineuse.
Ils viennent de partout. Pourquoi ne pas faire comme eux? Ne pas nous contenter de les regarder venir, mais aller nous aussi, aller partout, jusqu’aux périphéries.
Que veut nous dire Matthieu avec sa belle histoire des mages venus d’Orient? Ils ont lu dans les étoiles qu’un roi des juifs était né. Le lecteur de Matthieu reconnaît tout de suite ce qui sera écrit sur la croix: le roi des juifs. Et la belle histoire est vite assombrie par la figure sournoise et cruelle d’Hérode le Grand. Sans le savoir, les mages ont donné l’alerte et le résultat sera un massacre d’enfants. La bête est postée et ce sont les beaux mages, dans leur simplicité naïve, qui vont la faire bondir.
Les mages viennent d’ailleurs et ils savent par une étoile, leur étoile qui les réjouit tellement lorsqu’elle réapparaît et les conduit à Bethléem. Nous n’avons aucune peine à reconnaître tous ceux qui viennent d’ailleurs, qui suivent leur petite lumière intérieure et qui se faufilent à travers toutes les croyances et les institutions établies pour aller au Christ sans encombre et déposer leurs richesses à ses pieds. Le monde est plein de mages, et d’étoiles.
Matthieu fait se croiser deux groupes: ceux qui savent par eux-mêmes mais doivent tout de même entendre la prophétie du Livre pour aboutir, et ceux qui devraient savoir, qui trouvent tout de suite la bonne page, mais qui ne bougent pas. Le Livre passe à travers eux. Ils savent indiquer la direction: la question est de la prendre.
C’est notre question. Nous avons tout: le Livre et ses interprètes, et notre étoile intérieure qui nous guide avec sûreté. Il faut y aller. Et nous voilà revenus au début: ceux qui viennent de partout, c’est nous. En vérité il faut aller et venir, aller aux périphéries et venir avec les présents du monde, l’or de nos fidélités, l’encens de nos rencontres et la myrrhe de notre tendresse.
Et puis partir par un autre chemin, comme nous y invitait Jean-Yves dans son livre « Par un autre chemin »: « Le chemin de retour réserve des surprises; il n’est pas l’envers de la première route. Retourner c’est s’aventurer. Se retrouver en s’en retournant suppose toujours une aventure spirituelle. C’est notre honneur que de courir cette aventure au lieu de nous laisser aller. Le laisser-aller n’est rien d’autre qu’une soumission mortelle. Le chemin de retour à soi, à l’autre dont on s’était écarté, à Dieu rejeté hoirs des voies, au monde lui-même dont on s’était absenté, fait de nous des vivants et nous rend aptes à cet amour sans lequel il ne vaut pas la peine d’exister. »

Le cœur plus grand.

« Si notre cœur nous condamne, Dieu est plus grand que notre cœur’. On peut donc bien mettre son cœur au large. Fuir l’étroitesse, la mesquinerie, élargir, ouvrir. Allons mon cœur, ouvre-toi! Il y a tant à aimer.
« Quand tu étais sous le figuier, je t’ai vu ». Et aussi sous ton ciel gris, dans les rumeurs du jour, je te vois, comme je vois chacun patiemment à sa tâche, avec ce courage qui vient au secours des faiblesses. Nous vivons sous ton regard. « Mes yeux seront sur vous ». « L’homme se sait regardé par Dieu du haut du ciel à toute heure ». « Devant toi chacun de mes désirs ». (Prologue de la Règle de St Benoît) Béni soit ton regard qui m’enveloppe.

Colombe.

Mon professeur de théologie tapait un grand coup sur la table en disant: « Le Saint-Esprit n’est pas un pigeon! » Jean dit quand même qu’il est « comme une colombe ». Les colombes ne planent pas comme les rapaces, elles volettent et se posent. Que l’Esprit se pose sur nous et y demeure.

L’onction.

L’onction par laquelle nous sommes consacrés, nous dit Jean, nous instruit de tout. Et son message c’est de demeurer en lui. Une onction, un baume qui nous enduit, qui embaume donc. Si nous demeurons en lui, ça sent bon. Et ce baume odorant nous instruit de tout. Nous voici donc instruits par nos pores et par un parfum.
Sur ma table, une main amie a posé du mimosa. Il parle provençal. Et il parle de l’été, mais oui. Janvier va allonger doucement les jours. En sentant bon.

Silence

« Au milieu de la nuit un profond silence enveloppait toutes choses. » Ce soir et demain les pétards le troueront. Il faudra pourtant un profond silence pour que la Parole descende du ciel. Ne l’entendront que les taiseux. L’année basculera dans ce silence et la Parole en jaillira chaque jour.Laissons donc cette année se retirer furtivement. Le nouvel an apportera des paroles neuves.