Matthieu.

Premier jour de l’automne. Hier le temps était estival. Aujourd’hui il pleut comme il se doit.

Nous fêtons Matthieu, le publicain devenu évangéliste, si c’est bien le même. Mais nous fêtons aussi le Caravage dont « la vocation de Matthieu » est à Saint Louis des français à Rome. Deux doigts: le long doigt du Christ qui désigne Matthieu, et le doigt interrogatif de Matthieu qui était en train de compter ses sous. Cher Caravage, j’aime à penser que le Christ l’a accueilli avec complicité. Le doigt du Christ pouvait bien le désigner aussi.

Publicités

Boire.

ICo, 12,13: « Nous avons été désaltérés par l’unique Esprit ». L’Esprit se boit donc, jusqu’à la sobre ivresse qu’il donne. Se laisser enivrer, comme les apôtres à Pentecôte que l’on disait « pleins de vin doux ». Ceux qui ont bu l’Esprit parlent sans retenue ni rigueur. Notre silence est gros de paroles à délivrer dans tous les sens. Ce n’est pas pour autant du galimatia, mais quand même des paroles folles. Á la folie!

Lc 7, 16-17: Le fils de la veuve de Naïm s’est redressé, assis sur sa civière, et s’est mis à parler. Devinons ce qu’il a pu dire…

Un mot.

Si le centurion s’était lui-même déplacé pour aller trouver Jésus, il serait apparu comme un officier occupant donnant un ordre comme il avait coutume de le faire. Il envoie donc des notables juifs pour prier Jésus de venir guérir son esclave, mais ensuite il fait dire à Jésus qui s’est mis en route de ne pas « prendre cette peine ». Un mot suffira. Ce romain croit à la puissance de la parole parce qu’il a coutume d’obéir et de commander. Luc ne dit pas quel mot a dit Jésus. C’est le mot du centurion qui a suffi.
Quand tu pries, dis seulement un mot. Dieu l’entendra et il viendra.

Pieta.

Pieta des peintres, Stabat des musiciens, Mater dolorosa devenue en français Dame des sept douleurs. Debout, avec sa sœur et Marie-Madeleine que l’on représente toujours assise à terre tenant dans ses mains le pied de la Croix, et le disciple bien-aimé qui la recueillera chez lui. Mère de toutes les femmes souffrantes, des mères de suppliciés.

Prier près d’elle:

« Ãme du Christ, sanctifie-moi, Corps du Christ sauve-moi, Sang du Christ enivre-moi, Eau du côté du Christ lave-moi, Passion du Christ fortifie-moi… Dans tes blessures cache-moi. Ne permets pas que je sois séparé de toi. »

Salut ô Croix!

Sainte Croix. Mon cœur chante le Vexilla Regis composé par Venance Fortunat pour accueillir la relique de la Croix que Sainte Radegonde fit venir dans ma bonne ville de Poitiers: Vexilla Regis prodeunt, les étendards du Roi s’avancent. L’instrument du supplice infâmant devient le signe du salut que nous traçons sur nos corps. Nous regardons la Croix, comme les hébreux regardaient le serpent de bronze pour garder la vie. La foi est un regard. Et ce regard est une adoration. O Crux ave, salut à toi, ô Croix!

« Comme si »

Saint Paul demande de faire « comme si », faire comme si on n’était pas triste ou heureux, comme si on ne possédait rien, comme si on ne profitait de rien. Il y a du stoïcisme dans ce propos. Pourquoi faire « comme si »? Pourquoi ne pas jouir du bonheur ou pleurer de tristesse? Savourer la vie, même dans l’amertume.

Mouvement.

Jésus passe toute la nuit à prier sur la montagne. Luc ne précise pas quelle est cette montagne. C’est un lieu élevé, loin au-dessus de la foule, le lieu de la prière, non pas à l’écart mais au-dessus. C’est là que Jésus appelle ses disciples, tous ses disciples, quand le jour se lève. Il les appelle dans sa prière. Il les élève dans sa prière. Et là, dans la prière de tous avec lui, il choisit les douze, qu’il nomme apôtres, envoyés. Avec eux il descend dans la plaine vers la foule qui se presse pour l’entendre et se faire guérir. Le discours sur la montagne de Matthieu devient chez Luc un discours dans la plaine. D’un côté Jésus fait monter les disciples avec lui, de l’autre il les fait descendre avec lui. Ces deux mouvements sont toujours les nôtres: nous montons ici dans la prière avant de redescendre dans nos occupations quotidiennes. Mais nous descendons surtout vers la foule, tous ceux qui veulent entendre et guérir. C’est à eux que nous sommes envoyés. On n’est pas apôtre dans l’immobilité, encore moins dans l’immobilisme, mais dans le mouvement vers les autres. Il faut toujours aller, se laisser envoyer.